Lorsqu’on parle d’association, la plupart des personnes pensent à une organisation de type démocratique ou s’en approchant : une assemblée générale qui détermine les grandes lignes et élit un conseil d’administration, chargé de gérer les affaires courantes, avec à sa « tête » un.e président.e qui incarne l’association dans ses relations avec l’extérieur sans pour autant décider de tout.

Ce modèle à ses vertus et l’on peut s’essayer à pousser fort loin l’idéal de démocratie dans le cadre associatif qui s’y prête fort bien.

Ce n’est pas le choix que j’ai fait pour Adopte un schizophrène et je vais vous dire pourquoi.

Je possède huit ans d’expériences très variées en tant que militant associatif à temps plein dans des organisations comme Attac, les Faucheurs d’OGM, des collectifs pour la défense des droits des sans papiers, pour la Palestine, pour l’environnement. Dans toutes ces organisations, je n’ai jamais cherché le pouvoir et j’ai toujours joué à fond le jeu de la démocratie, au point d’être parfois naïf et crédule, et d’en supporter les fâcheuses conséquences. J’ai notamment compris que même dans un groupe qui se dit démocratique, il y a presque toujours des « grandes gueules » qui exercent un pouvoir officieux, et inversement des gens effacés qui n’ont que peu d’influence sur les prises de décision. Autre constat : la recherche du consensus, même si honorable, conduit bien souvent à un nivellement par le bas des ambitions. Des projets sortant de la norme ont peu de chances d’aboutir, du fait du nombre de résistances auxquels ils se heurtent. C’est la pratique du consensus mou. Enfin, l’exercice pratique de la « démocratie » nécessite tout un dispositif tel que réunions, délibérations, votes, toutes étapes qui ont leur propre temporalité et ne permettent en général pas la réactivité ni l’agilité que l’ont pourrait souhaiter.

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, j’ai opté, pour Adopte un schizophrène, pour un tout autre mode de gouvernance : la « dictature bienveillante » (sic).

Ce modèle est issu du monde du logiciel libre, avec comme exemples notables Linux ou encore Ubuntu. Il vise avant tout l’efficacité dans un contexte de collaborations multiples. Un chef d’orchestre prend toutes les contributions qui lui sont faites, décide desquelles il intègre au projet, remercie les contributeurs. Il est le garant de la continuité et de la cohérence du projet. Les contributeurs participent volontairement tant qu’ils croient au bien fondé du projet et qu’ils font confiance au dictateur bienveillant pour le mener à bien. S’ils ne font plus confiance au dictateur bienveillant, ils quittent le projet et fondent éventuellement leur propre projet.

J’ai une vision claire, large et ambitieuse pour Adopte un schizophrène. Je me donne environ trois ans pour amener le projet à maturité. Durant ces quelques trois ans, je serai un dictateur bienveillant. Vous êtes prévenus 😉

Jacques-Louis Kreiss, fondateur