Voilà mon histoire à moi. Elle n’est pas très joyeuse non plus, même si ça tend à s’améliorer petit à petit.
Je ne mettrais pas les prénoms complets mais juste des initiales.
J’ai la chance d’être née dans une famille aimante. Il est important de préciser que mes parents étaient ensemble mais que mon papa partait la semaine et revenait le week-end. Ma maman nous gérait, ma soeur et moi, toute seule.
Mon calvaire a commencé tout doucement, à l’école. Je suis rapidement mise de côté. Chaque année scolaire la mise à l’écart se fait plus rude, jusqu’en CM2 où on revient me frapper dans la salle de classe, alors que j’y rangeais mes affaires seule (la prof était partie faire pipi et j’étais très lente). Avant cet épisode, j’avais compris que je ne pouvais pas dire à mes parents ce qu’il ce passait à l’école, ils ne me croyaient pas. Malgré les crises d’angoisses répétées, les gastros tout aussi régulières. C’était toujours « Et toi, tu leur a fait quoi ». Et chaque fois que je répondais rien, j’étais accusée de mentir. Bientôt, ils ne prêtèrent plus attention à mon comportement, m’amenant de force à l’école « beaucoup d’enfant aimeraient y aller à l’école, tu sais. »
Et puis je suis rentrée un samedi matin avec mes gants tout trempés. C’est l’épisode qui a mis la puce à l’oreille à papa et qui a décidé de faire une lettre « ma fille revient tous les soirs en pleurs, elle fait des crises d’angoisse, dit qu’on se sert d’elle comme panier de basket, revient avec les gants trempés parce que A. les a mis dans les toilettes. Faites stopper cela ou ma prochaine lettre sera adressée à l’Académie et aux flic » En gros, c’était ça. Dans ma tête d’autiste, papa était Letter-man et allait tout arranger!
Le point positif, c’est que les langues se sont déliées. Mes parents ont enfin su qu’on m’avait frappée à l’école et que tout ce que je leur disait était la vérité.
Le point négatif… C’est que j’étais celle à qui il ne fallait pas parler, sous peine d’avoir une plainte sur le dos (les profs n’ont rien fait pour arranger ça, me pointant même du doigts. Les plus vieux profs refusaient même de croire ce qui était dit. Mais j’ai reçu tout le soutien de ma prof de CM2 qui me croyait et me soutenait.)
Mes parents ont voulu me mettre dans un collège privé pour que j’ai du soutien et un suivi. Et le collège à été une véritable bouffée d’air frais !
Vient les 12 ans, la 4eme et les premiers émois amoureux. On va l’appeler Au. Il était le grand frère de la pétasse de la classe. Celle qui se croit plus belle, plus intelligente que les autres. On va l’appeler N. Au a un frère jumeau de nom de Z. Bref, gros cracage pour cet émo de 17 ans, soit 5 ans de plus que moi.
Je vous passe les péripéties, me voilà en couple avec Au, meilleure amie de N et bonne amie de Z. N est en couple avec R, un ami à moi, il a une petite soeur du nom de L et son meilleur ami est B.
Au m’annonce finalement qu’il a une tumeur au cerveau. Je n’ai pas le recul nécessaire. La tumeur n’est pas traitable. Il va mourir sous peu.
Et il meurt à mon entrée au lycée. Ca me détruit. Mais je survis, pour mon groupe d’amis, mon noyau dur. Enfin je le croyais dur…
Z se suicide 2 mois après, suivi de Al qui a perdu son amour et son meilleur ami. N suit peu après. B et R sautent du 5 ou 6eme étage d’un immeuble. B succombe, R se retrouve en fauteuil roulant, paraplégique.
Moi je suis anéantie mais je ne veux pas faire comme eux, je m’accroche. La vie peut être belle, je suis persuadée. Si on s’accroche suffisamment, y’a forcément de belles choses à découvrir.
R se suicide un an plus tard, refusant le handicap. L se retrouve seule, loin de moi avec une mère alcoolique et un gros sentiment d’abandon. Elle est ma petite soeur de coeur. On a 8 ans de différence et je la protège comme si ma vie en dépendait. Parce que si je la perd elle, j’aurais échoué. Ses appels à l’aide se font de plus en plus rapprochés. Jusqu’au jour où je n’arrive pas à calmer ses envies suicidaires. On est sur skype et je me rappellerai toujours de ses veines coupées, de son regard peu à peu dans le vide. La gamine n’avait que 10 ans.
Je cache à mes parents que j’ai vue L mourir.
Entre temps, à mes 16 ans, je vais à Center Parcs avec toute ma famille. On y passe de bons moments. Puis je me promène seule le soir et vais à l’endroit où y’a le plus de jeunes pour me faire des amis. Qui est-ce que je vois ? Au, Z, N et Al, se faire un billard « non mais la maladie te tuait autant qu’elle me tuait moi », « Et après tu souffrais tellement, qu’on a pas pu t’affronter longtemps, il fallait qu’on parte ». Je ne suis pas du genre bagarreuse, mais cette fois, la crevette que je suis s’est bien défoulée. J’en profite pour leur balancer en pleine face le suicide de B et R.
Je les revois 1 an après le suicide de L. Cette fois, c’était volontaire, j’ai une mémoire monstre pour les numéros de téléphone, je les ai confrontés et balancés chacun dans la Seine (vive Paris Plage), leur balançant le suicide de L et son jeune âge en pleine tête.
Juste après le suicide de L, j’étais anéantie et avais besoin de parler. Je demande un bon psychiatre à l’un de mes prof, je sais plus comment j’ai su qu’il allait en voir un.
Me voilà donc en séance de psy pour oublier mon passé. A la dernière séance, le psy a cru bon de me forcer à lui fait une fellation. J’ai mordu. Fort. Il en a perdu un morceau, je me rappelle du gout de son sang. Ca encore je le garde pour moi, même mon copain de l’époque, Ro, ne le sait pas.
Je m’enfuis avec Ro sur Nîmes. Il s’est avéré est un pervers narcissique redoutable. Il me sous-nourrissait, m’enfermait chez nous lorsqu’il n’y était pas.
Je finis par rentrer chez mes parents et reprendre des études. Les cauchemars dûs à mon agression sexuelle sont de plus en plus présents et je lui en parle. Il prend ça pour une tromperie et me largue.
5 ans plus tard, ça va beaucoup mieux. Je suis maman et si j’ai toujours un peu de mal avec les ballons, les psy ou à faire confiance aux autres, je suis à peu près « normal » (pour une autiste).
J’ai appris il y a peu que les autistes étaient plus souvent abusés (surtout les femmes) car iels paraissent faibles et fragiles. L’abus de pouvoir est donc très fréquent. Et que le pervers narcissique ou le psy dégénéré, beaucoup y ont droit. C’est pas très rassurant.