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(La folie, c’était quoi ? Qui étions nous, que voulions nous ? Ce monde était bien trop sage…)
La découverte.
Nous n’avions aucune idée que nous allions déclencher une telle vague de folie contestataire. Même avant le 3 mai 1968, alors que la société que nous avions tous connu avait déjà commencé à se fissurer, tout avait été remis en cause dans les relations entre hommes et femmes, parents et enfants, étudiants et maîtres ou professeurs. « Faites l’amour, pas la guerre ». De ce slogan anti-guerre importé des Etats-Unis, nous n’avions retenu que la première partie, alors il fallait définitivement la mettre en pratique. Pendant les manifestations, les filles défilaient la main dans la main avec les garçons. h73e4dj2vqnxs8dfj746Que personne ne me dise qu’il n’a jamais regardé du coin de l’œil le visage de celle qui était sa compagne de manif…je ne le croirai pas. Dans toute cette folie de mars à juin, il y avait de la haine contre le système, mais il y avait également une masse incroyable d’amour qui se manifestait. Mieux que n’importe quelle religion, il s’agissait d’un lien qui se tissait en utilisant bien souvent l’unisexe vocable de « camarade ». La seule connotation de sexe était ce « Le » ou ce « La » pour indiquer s’il s’agissait d’un ou d’une.  Dans l’embrasement de mars, d’avril puis de mai, on nous traitait de fou, en disant que nous avions perdu le sens commun, que nous avions des comportements anormaux, que nous perdions la raison, que nous adoptions des postures marginales, que nous abritions en notre sein une forme d’idiotie, que nous étions déviants et anticonformistes, et finalement que nous étions impulsifs et tout cela faisait de nous des futurs aliénés…des futurs dépendants de nos passions et de nos lubies…
Ceux d’entre nous qui avaient une conscience politique allaient « aux manifs » comme on se rend à un évènement d’importance. imagesD’autres qui flairaient l’opportunité d’une rencontre avec une « femme libérée » ou une « fille de bourgeois en train de sortir de sa chrysalide » s’habillaient à la mode soixante-huitarde pour aller écumer les rangs des rassemblements entre Odéon et Bastille, sur fond de Gardes Républicain, de camions vert et blanc des CRS, et des uniformes bleus très foncé de la Police Parisienne.  Nous étions fous, mais nous savions encore compter. Le nombre de représentants des forces de l’ordre gardiennes de la moralité, du puritanisme, et de l’immobilité sociale, était proportionnel à l’importance du rassemblement. Nous avions pour la plupart moins de vingt-et-un-ans, nous étions donc en majorité mineurs. C’est donc en tant que tel que nous étions régulièrement embarqués après nous être fait prendre en traître par des policiers en civils judicieusement répartis dans les cortèges par le préfet de police Maurice Grimaud. Nous passions par-dessus les convenances, nous en avions assez d’être des mineurs. La France endormie était en train de se réveiller, ses forces vives prenaient toute la mesure de leurs pouvoirs. Les filles  étaient bien plus motivées que certain d’entre nous, puisqu’elles combattaient également contre le machisme d’une société qui s’était arrêté de penser au progrès, alors, pour témoigner de leur volonté de changer notre monde, et aussi je pense parce qu’il commençait à faire bon, elles retiraient souvent « le haut » et nous faisions semblant de ne pas remarquer qu’elles ne portaient pas de soutien-gorge…et cette vision nous éloignait pour un temps  de Marx, de Lénine et  de Mao…
(©) 2018 Sylvain Ubersfeld

https://www.youtube.com/playlist?list=PLdcFTdVsCqU5tkza4L3LCgF8CtGicjkXQ  Chansons de/sur Mai 68 Jean-Michel Caradec
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=3618.html (La Chinoise, Film 1967)
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=135064.html (Né en 68, Film de 2008)
https://www.youtube.com/watch?v=9G8O7mkIjpM documentaire US sur l’Eté de l’Amour (en Anglais)
https://www.google.fr/search?q=affiches+mai+68+folie&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ved=0ahUKEwjZ17jMg4XaAhXM7BQKHdnYDAkQ7AkIOA&biw=1366&bih=662  (Affiches sur Mai 68)

43 ans de voyages à travers le monde, l’amour des animaux, de l’aventure, la mémoire qui flanche, je m’souviens plus tellement…alors j’écris avant que tout s’arrête…j’aime Paris, l’Histoire, la musique classique, la musique ethnique, l’Afrique, l’Amérique -Latine, la musique Tzigane, la salade de pommes de terre au harengs, ma moitié, l’odeur de la mer, les horizons sans limites.